07. Le cerveau pendant la grossesse : qu’est-ce qui change ?

Le cerveau pendant la grossesse : qu’est-ce qui change ? - visuel principal de l'épisode 7 du podcast Maternité sans trauma

« À partir des études, ce qu’on peut dire, c’est que le cerveau change. Ce qui reste à préciser, c’est la signification de chaque changement et ses conséquences dans la vie quotidienne des femmes. »

— Karina Daigle, infirmière Ph.D.

Tu cherches un mot, tu oublies un rendez-vous, et quelqu'un te dit en riant : « C'est ton cerveau de maman. » L'expression est répandue, mais elle met dans le même panier des réalités très différentes : ce que les chercheur·es observent sur les images du cerveau, ce qui touche la mémoire et la concentration, et la façon dont tu vis la transition vers la maternité.

Quand on se prépare à une naissance, on parle beaucoup des changements du corps, du ventre qui grossit, de l'utérus et des hormones. Le cerveau fait pourtant partie de cette transformation. Dans cet épisode, je fais le point sur ce que la recherche nous apprend du cerveau pendant la grossesse et après la naissance, une question à la fois. Je te propose ensuite des pistes concrètes pour préparer ta propre transition.

La neuroplasticité, c'est quoi ?

Avant d'entrer dans les études, un mot mérite d'être expliqué : la neuroplasticité. C'est la capacité du cerveau à modifier son fonctionnement et ses connexions. Le cerveau adulte continue de changer, notamment quand on apprend.

Les neurones sont des cellules qui transmettent de l'information. Ils communiquent entre eux et forment des réseaux. Avec l'expérience, certaines connexions deviennent plus efficaces et d'autres se modifient. Pense à un nouveau trajet en voiture : au début, tu cherches les rues et tu vérifies les indications, puis, avec la répétition, tu connais le chemin. Cet exemple illustre l'apprentissage en général. Il ne décrit pas le mécanisme propre à la grossesse.

Pendant la grossesse, tout le contexte biologique se transforme : plusieurs hormones augmentent pendant que d'autres systèmes du corps changent eux aussi. C'est dans cet ensemble de changements que les recherches récentes étudient le cerveau. Parler de plasticité pendant la maternité, c'est donc parler d'une capacité de transformation. Ce mot ne signifie ni que ton cerveau est fragilisé, ni que tu devrais savoir d'emblée comment prendre soin de ton bébé.

Cette distinction compte pour la préparation à la naissance. On peut reconnaître qu'il se passe quelque chose d'important tout en laissant de la place aux apprentissages, aux questions et à l'aide des autres. Devenir mère n'est pas un examen qu'on devrait réussir sans préparation.

Ce que montrent les images du cerveau

Pour observer ces changements, les chercheur·es utilisent surtout l'imagerie par résonance magnétique (IRM), un examen qui produit des images des tissus et qui permet de comparer des mesures prises à différents moments. Deux termes reviennent souvent dans les publications :

  • La matière grise, qui contient notamment les corps des neurones et leurs ramifications.

  • La matière blanche, qui contient surtout les prolongements des neurones qui permettent aux différentes régions du cerveau de communiquer. Beaucoup de ces prolongements sont entourés de myéline, une enveloppe qui facilite la transmission des signaux.

Tu n'as pas besoin de retenir ces mots. Ce qui compte, c'est que ces images permettent de mesurer certaines caractéristiques des tissus. À elles seules, elles ne donnent pas de note sur la capacité, la mémoire ou la compétence d'une mère.

Les études les plus éclairantes suivent les femmes avant et après la grossesse, parfois aussi pendant, et les comparent à des femmes qui ne sont pas enceintes. Une équipe néerlandaise a ainsi observé, chez des femmes qui ont vécu une première grossesse, des changements dans la structure et l'organisation de certains réseaux du cerveau, associés aux hormones de grossesse, en particulier l'estradiol au troisième trimestre (Hoekzema et coll., 2022). Une équipe espagnole a suivi des femmes vivant une première grossesse avant, pendant et après, avec des groupes de comparaison. En moyenne, le volume de matière grise diminuait vers la fin de la grossesse, puis se rétablissait en partie au postnatal (Servin-Barthet et coll., 2025).

Pourquoi le cerveau changerait-il ainsi ? Une étude fondatrice publiée en 2017 apporte une piste. Chez des femmes suivies avant et après leur première grossesse, la matière grise diminuait surtout dans les régions qui nous permettent de comprendre les autres, de saisir une émotion ou une intention. Après la naissance, ces mêmes régions réagissaient quand les mères regardaient des photos de leur propre bébé, et les changements observés permettaient de prédire leur score d'attachement envers lui (Hoekzema et coll., 2017). Les auteur·es font le parallèle avec l'adolescence, une autre période où le cerveau affine ses connexions : il réduit ce qui sert moins pour rendre plus efficaces les réseaux dont il aura besoin. Pendant la grossesse, il s'agirait des réseaux qui aident une mère à lire les besoins d'un bébé qui ne parle pas encore et à tisser le lien avec lui. Cette hypothèse d'adaptation n'est pas encore démontrée hors de tout doute, mais plusieurs résultats convergent dans ce sens.

Il faut toutefois s'arrêter sur le mot volume. Une diminution du volume mesuré sur une image ne veut pas dire qu'une femme perd ses capacités. Pour étudier les capacités, il faut aussi regarder ce qu'elle fait dans des tâches de mémoire ou d'attention, et les images ne remplacent pas ces évaluations. Ces études convergent sur un point : des transformations sont mesurables autour de la grossesse. Les trajectoires moyennes ne décrivent pas pour autant ce que chaque femme va vivre.

Et lors d'une deuxième grossesse ? Une étude menée auprès de 110 femmes a comparé des femmes vivant une première grossesse, d'autres vivant une deuxième grossesse et des femmes sans grossesse. Les changements observés se ressemblaient, mais présentaient aussi des différences selon qu'il s'agissait d'une première ou d'une deuxième grossesse (Straathof et coll., 2026). On ne peut donc pas expliquer toute la maternité à partir d'une première grossesse.

À partir de ces études, on peut dire que le cerveau change. Ce qui reste à préciser, c'est la signification de chaque changement et ses conséquences dans la vie quotidienne des femmes. Les chercheur·es proposent des hypothèses d'adaptation à la maternité, et ces hypothèses continuent d'être vérifiées.

Le « cerveau de maman » : que disent les études sur la mémoire ?

Et les oublis que plusieurs femmes rapportent, est-ce réel ? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers les recherches qui évaluent la mémoire et d'autres capacités à l'aide de tests, par exemple en demandant de retenir une information, puis de la rappeler plus tard.

Une méta-analyse publiée en 2018 a regroupé 20 études portant sur 709 femmes enceintes et 521 femmes non enceintes. Les femmes enceintes obtenaient des résultats moins élevés à certains tests, notamment de mémoire, et plusieurs différences étaient plus apparentes au troisième trimestre. Les auteur·es précisent toutefois que l'effet de ces différences sur la qualité de vie et le fonctionnement au quotidien reste à documenter (Davies et coll., 2018).

De plus, une revue systématique publiée en 2025 a rassemblé 31 études. Elle rapporte des différences modestes, surtout pour la mémoire verbale et l'attention, mais les méthodes et les résultats variaient tellement que les chercheur·es n'ont pas pu regrouper les données dans une méta-analyse. Plusieurs des études incluses étaient aussi jugées de faible qualité (Younis et coll., 2025).

Ces deux synthèses nous disent qu'on ne devrait pas minimiser les difficultés que les femmes rapportent en les traitant comme anecdotiques. Elles ne justifient pas non plus l'idée que toutes les femmes enceintes ont un cerveau qui fonctionne globalement moins bien. Il reste d'ailleurs difficile de départager ce qui relève de la grossesse, du sommeil, de l'humeur et des autres éléments du quotidien.

Une question plus utile

Plutôt que de te demander si ton cerveau est « moins bon », tu peux partir d'une question plus utile : qu'est-ce qui me demande plus d'efforts en ce moment, et quelle aide me serait utile ? Si les rendez-vous et les informations deviennent difficiles à retenir, tu peux par exemple :

  • regrouper tes rendez-vous dans un seul agenda ;

  • noter tes questions avant une consultation ;

  • demander un résumé écrit après le rendez-vous ;

  • te mettre un rappel dans ton téléphone ou demander à une personne de prendre des notes avec toi.

Il n'y a aucune raison d'en faire une nouvelle tâche à réussir parfaitement. Le but est de te faciliter la vie. Et si une difficulté de concentration devient importante, elle mérite d'être discutée avec un·e professionnel·le plutôt que d'être rangée sous l'étiquette du « cerveau de maman ».

Devient-on plus sensible pendant la grossesse ?

Le mot sensible peut vouloir dire plusieurs choses : reconnaître une émotion sur un visage, pleurer plus facilement, se sentir inquiète ou avoir besoin de calme. Ce n'est pas exactement la même chose.

Des chercheur·es étudient la façon dont les futures et nouvelles mères comprennent les émotions et les intentions des autres, ce qu'on appelle la théorie de l'esprit. Une revue systématique de 12 études a examiné cette question pendant la grossesse et le début du postnatal. Les résultats variaient selon la mesure utilisée : aucune différence n'apparaissait dans les questionnaires, alors que certaines différences ressortaient dans les tâches expérimentales (van 't Hof et coll., 2023). Ces travaux ouvrent des pistes, mais ils ne permettent pas d'affirmer que toutes les femmes enceintes deviennent hypersensibles, ni qu'elles perçoivent mieux tous les signaux émotionnels.

Pour l'accompagnement, la meilleure façon de savoir reste de poser la question à la femme : comment se sent-elle, qu'est-ce qui l'inquiète, qu'est-ce qui l'aide ? On ne peut pas répondre à sa place en regardant son nombre de semaines de grossesse ou le moment où elle se trouve dans son postnatal. Certaines femmes veulent connaître tous les détails, et d'autres préfèrent recevoir moins d'informations à la fois. Ce sont des préférences à explorer avec chacune.

Ça veut aussi dire qu'une inquiétude ne devrait jamais être écartée par l’idée que « c'est tes hormones ». Même quand les hormones font partie du contexte, il reste une femme qui essaie de comprendre ce qu'elle traverse.

Préparer ta transition : besoins, soutien et décisions

Les recherches sur le cerveau maternel nous renseignent sur une partie de la transformation biologique. Elles ne disent pas, à elles seules, comment chaque femme doit être accompagnée. Pour parler des besoins, il faut aussi s'appuyer sur les connaissances en soins périnataux. Les lignes directrices canadiennes sur les soins à la mère et au nouveau-né recommandent des soins individualisés, qui tiennent compte des forces et des besoins de chaque femme et de sa famille, et accordent une place à la communication, à la participation aux décisions et à la continuité des soins (Agence de la santé publique du Canada, 2017).

Concrètement, je te propose de prévoir du temps, pendant ta préparation à la naissance, pour trois sujets : ce que tu comprends de ce qui t'arrive, ce dont tu as besoin pour te sentir soutenue et la façon dont tu souhaites participer aux décisions.

  1. Est-ce qu'il y a quelque chose qui me préoccupe et dont je n'ai pas encore parlé pendant mon suivi ? Ça peut concerner le bébé, le sommeil, une expérience précédente, une peur ou l'organisation après la naissance.

  2. À qui puis-je en parler ? La personne qui suit ta grossesse peut être un point de départ. L'important, c'est que ta préoccupation soit entendue et que tu saches quelle suite on lui donne.

  3. Qu'est-ce que j'aimerais qu'on sache de moi avant l'accouchement ? Peut-être as-tu besoin d'une explication avant un examen, ou peut-être qu'une expérience passée rend certains gestes difficiles.

Ces éléments peuvent se préparer dans un plan de consentement aux soins. Je parle ici de préparer la discussion : les informations dont tu as besoin, les questions que tu veux poser et les personnes que tu souhaites avoir avec toi. Ce document ne permet pas de prévoir chaque situation, mais il t'aide à dire ce qui compte pour toi.

Pendant l'accouchement

Les recommandations de l'OMS pendant le travail et l'accouchement soutiennent des soins respectueux, une communication claire, la possibilité de faire des choix éclairés et la présence d'une personne choisie par la femme (Organisation mondiale de la santé, 2018).

Dans ta préparation, tu peux réfléchir à la façon dont tu aimerais recevoir l'information pendant le travail. Souhaites-tu qu'on t'explique chaque geste avant de commencer ? Aimerais-tu que la personne qui t'accompagne t'aide à formuler tes questions ? Voici des formulations possibles :

  • « Avant l'examen, expliquez-moi ce que vous cherchez à savoir. »

  • « J'ai besoin que vous repreniez l'explication plus simplement. »

Choisis des mots qui te ressemblent. La personne qui t'accompagne peut aussi demander si tu as eu réponse à ta question. Son rôle est de soutenir la conversation tout en te laissant ta place pour répondre.

Il faut toutefois être clair : les études sur le cerveau présentées dans cet épisode ne permettent pas de tirer de conclusions sur les interventions pendant l'accouchement. Elles rappellent surtout que la personne qui reçoit ces soins traverse elle aussi une période de transformation. Elle a besoin qu'on s'adresse à elle, qu'on l'informe et qu'on tienne compte de ce qu'elle exprime.

Les semaines après la naissance

La préparation doit aussi dépasser le jour de l'accouchement. Je te propose de prévoir quelques formes d'aide très concrètes : qui pourrait apporter un repas, qui pourrait faire des courses, avec qui pourrais-tu parler sans te sentir dépassée ? Tu peux en discuter avant, même sans savoir exactement comment tu te sentiras après. Par exemple : qu'est-ce que je pourrais enlever de mon quotidien, les premières semaines, pour me laisser le temps de récupérer et d'apprendre à connaître mon bébé ?

Précise aussi ce que tu entends par aide. Recevoir des visiteurs et être soutenue, ce n'est pas toujours la même expérience. Tu peux, par exemple, demander aux personnes qui viennent te visiter de donner un coup de main à la maison. Ces propositions relèvent de la préparation pratique. Elles ne promettent pas une transformation particulière, mais elles rendent tes besoins plus faciles à nommer et tes demandes plus précises.

Quand demander de l'aide

Reconnaître que tu traverses une période de changement ne doit pas amener à banaliser une souffrance. Une tristesse qui persiste, une perte d'intérêt, une anxiété qui prend beaucoup de place ou des difficultés qui nuisent à ton quotidien méritent d'être évaluées. Tu peux en parler à un·e professionnel·le de la santé en disant simplement : « Je trouve ça plus difficile que je pensais, j'ai besoin d'aide. » Tu n'as pas besoin d'avoir trouvé toi-même l'explication avant de consulter.

À retenir

Les recherches montrent que le cerveau se transforme pendant la grossesse et après la naissance. Les résultats sur la mémoire sont plus variables, et ceux sur la sensibilité émotionnelle demandent encore beaucoup de nuances.

Ce que j'aimerais que tu gardes de cet épisode, c'est la possibilité de préparer ta propre transition : préparer tes questions, nommer ce qui te demande plus d'efforts, et prévoir les personnes avec qui en parler et l'aide qui te serait utile. La préparation à la naissance peut faire de la place à tout ça, en plus de préparer l'accouchement lui-même.

Si tu souhaites préparer cette transition avec moi, mon accompagnement Écomatrescence t'offre un espace pour parler de ton vécu, de tes besoins et de ta préparation à la naissance, en complément de ton suivi de grossesse.

Dans le prochain épisode, on regarde ensemble ce que la recherche nous apprend sur l'expérience positive de naissance : ce qui compte pour les femmes et comment l'accompagnement peut en tenir compte.

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ÉTUDES ET SOURCES MENTIONNÉES DANS CET ÉPISODE :

Agence de la santé publique du Canada. (2017). Les soins à la mère et au nouveau-né dans une perspective familiale : lignes directrices nationales. https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/soins-meres-nouveau-ne-lignes-directrices-nationales.html

Davies, S. J., Lum, J. A., Skouteris, H., Byrne, L. K., et Hayden, M. J. (2018). Cognitive impairment during pregnancy: A meta-analysis. Medical Journal of Australia, 208(1), 35–40. https://doi.org/10.5694/mja17.00131

Hoekzema, E., Barba-Müller, E., Pozzobon, C., Picado, M., Lucco, F., García-García, D., Soliva, J. C., Tobeña, A., Desco, M., Crone, E. A., Ballesteros, A., Carmona, S., et Vilarroya, O. (2017). Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure. Nature Neuroscience, 20(2), 287–296. https://doi.org/10.1038/nn.4458

Hoekzema, E., van Steenbergen, H., Straathof, M., Beekmans, A., Freund, I. M., Pouwels, P. J. W., et Crone, E. A. (2022). Mapping the effects of pregnancy on resting state brain activity, white matter microstructure, neural metabolite concentrations and grey matter architecture. Nature Communications, 13(1), 6931. https://doi.org/10.1038/s41467-022-33884-8

Organisation mondiale de la santé. (2018). WHO recommendations: Intrapartum care for a positive childbirth experience. https://www.who.int/publications/i/item/9789241550215

Servin-Barthet, C., Martínez-García, M., Paternina-Die, M., Marcos-Vidal, L., Martín de Blas, D., Soler, A., Khymenets, O., Bergé, D., Casals, G., Prats, P., Pozo, O. J., Pretus, C., Carmona, S., et Vilarroya, O. (2025). Pregnancy entails a U-shaped trajectory in human brain structure linked to hormones and maternal attachment. Nature Communications, 16(1), 730. https://doi.org/10.1038/s41467-025-55830-0

Straathof, M., Halmans, S., Pouwels, P. J. W., Crone, E. A., et Hoekzema, E. (2026). The effects of a second pregnancy on women's brain structure and function. Nature Communications, 17(1), 1495. https://doi.org/10.1038/s41467-026-69370-8

van 't Hof, S. R., Straathof, M., Spalek, K., et Hoekzema, E. (2023). Theory of mind during pregnancy and postpartum: A systematic review. Journal of Neuroendocrinology, 35(7), e13266. https://doi.org/10.1111/jne.13266

Younis, J., Bleibel, M., El Masri, J., Ismail, A., et Abou-Abbas, L. (2025). Exploring the influence of pregnancy on cognitive function in women: A systematic review. BMC Pregnancy and Childbirth, 25(1), 88. https://doi.org/10.1186/s12884-025-07181-3

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