2. Pourquoi j’ai nommé ce podcast Maternité sans trauma
« La femme, elle, a toujours le dernier mot pour accepter ou non des interventions qu'on lui propose. »
— Karina Daigle, infirmière Ph.D.
Quand je disais autour de moi que j'allais appeler mon podcast Maternité sans trauma, la réaction était toujours la même : pourquoi pas maternité heureuse, ou maternité positive ?
J'ai hésité longtemps avant de garder ce titre, parce que je savais qu'il pouvait bousculer. Mais je pense qu'il est temps de nommer les choses telles qu'elles sont.
La question qui est à l'origine de ce podcast
Après des années de pratique, une observation revenait sans arrêt. Des femmes en bonne santé, avec une grossesse qui se déroule bien et sans rien qui laisse présager une complication, ressortent de l'hôpital avec une césarienne qui n'était pas planifiée, une déchirure sévère du périnée ou un vécu qu'elles n'arrivent pas à s'expliquer.
Ma question était toute simple : qu'est-ce qui se passe entre l'arrivée à l'hôpital et la sortie ?
Six mois plus tard, ces femmes me disent souvent la même phrase : mon bébé est en santé, donc je devrais être reconnaissante, je devrais aller bien.
Mais elles ne vont pas bien, et elles ne savent pas pourquoi.
Ce que j'observe en clinique est aussi documenté dans les études qui portent sur l'expérience des femmes : de la confusion, de la honte, de l'isolement et un sentiment de culpabilité.
Un problème systémique, pas une faiblesse individuelle
Pendant des décennies, les discussions ont porté sur le débat entourant la médicalisation de la naissance. Aujourd'hui, on est en mesure d'en mesurer les conséquences. Le trauma de naissance est une conséquence documentée d'un système de maternité conçu pour gérer les risques plutôt que l'expérience des femmes.
Entre l'avant et l'après, il y a souvent des interventions en cascade, un manque de continuité relationnelle entre les personnes qui accompagnent, et ce sentiment de perdre le contrôle sur ce qui arrive à son propre corps.
Quand je dis que le problème est systémique, ça veut dire qu'il relève du système lui-même, et non des individus. Même les soignant·es qui travaillent à l'intérieur de ce système n'en sont pas la cause. Ce qu'il faut regarder, c'est la culture de l'établissement où les femmes accouchent, l'organisation des soins et les décisions qui déterminent les conditions offertes aux femmes.
Ce n'est pas un enjeu marginal. Pour l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la qualité de l'expérience de naissance est un indicateur essentiel de la qualité des soins. La santé mentale maternelle est reconnue comme une composante fondamentale de la santé publique, au même titre que la prévention de la mortalité et de la morbidité maternelles.
Seule toi peux qualifier ta naissance de traumatique
Dans les études les plus récentes, le trauma psychologique lié à la naissance se définit comme une expérience vécue lors de l'accouchement qui provoque une détresse émotionnelle, un sentiment intense d'impuissance et une perte de contrôle, avec un impact négatif durable sur la santé et le bien-être de la femme.
Un élément de cette définition me tient particulièrement à cœur : seule la femme peut qualifier sa naissance de traumatique. Ce n'est ni le médecin, ni la sage-femme, ni l'infirmière, ni ton entourage.
Tu n'as pas non plus besoin d'un diagnostic pour que ton expérience soit reconnue. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas consulter : si tu te questionnes, aller chercher une évaluation professionnelle reste une bonne chose. Mais même sans étiquette clinique, ce que tu as vécu reste valide.
Ce que le trauma de naissance laisse derrière
Les conséquences ne sont pas seulement psychologiques.
Il y a d'abord une dimension physique. À une première naissance, le trauma périnéal est la complication la plus fréquente, et il peut laisser des douleurs chroniques. Les blessures physiques et la dimension psychologique se renforcent mutuellement. Ces complications font partie des facteurs sur lesquels on peut agir.
Il y a aussi le lien avec ton bébé. Un trauma non traité peut créer des difficultés d'attachement dans la première année de vie et augmenter le risque de difficultés d'allaitement. Quand ton système nerveux reste en stress chronique, tu peux avoir l'impression de ne pas offrir la disponibilité émotionnelle dont ton bébé aurait besoin.
Et il y a ton ou ta partenaire. La littérature documente qu'un coparent peut développer un trouble de stress post-traumatique après avoir été témoin d'une naissance traumatique, avec des répercussions sur le couple, sur les projets d'enfants à venir et sur le rôle parental.
Le trauma de naissance ne reste pas dans la chambre de naissance. Tu quittes le lieu de naissance, mais tu l'emportes avec toi.
La bienveillance ne remplace pas les données probantes
On parle beaucoup de la qualité humaine des soins, et c'est important. Mais il faut faire attention : les qualités humaines d'une personne soignante ne l'excusent pas de proposer des interventions qui ne sont pas fondées sur les données probantes.
Si on te propose un déclenchement qui n'est pas médicalement justifié, le fait qu'on te l'explique gentiment ne change rien à la justification clinique. Tu ne devrais pas non plus te sentir pressée d'accepter une intervention parce que la consultation est courte. Et aucun geste ne devrait être posé sur ton corps sans qu'on te l'explique avant et sans ton accord réel.
Les qualités humaines des soins et la rigueur scientifique des pratiques sont indissociables. La femme, elle, a toujours le dernier mot pour accepter ou non des interventions qu'on lui propose.
Pourquoi ce podcast s'appelle Maternité sans trauma
Nommer le problème, ce n'est pas désigner des coupables. Ce n'est pas non plus faire peur : l'OMS elle-même place l'expérience positive parmi ses critères de qualité des soins.
Devant les discours qui édulcorent ce que les femmes vivent réellement, j'ai choisi une autre voie : nommer ce que les études documentent, pour que tu puisses mieux comprendre le système et faire des choix informés.
Et si tu as vécu une naissance que tu qualifies encore aujourd'hui de difficile, il y a une chose que je veux que tu retiennes : ce n'est pas ta faute.
Ce n'est pas parce que tu t'es trop préparée, ou pas assez, ou parce que ton plan de naissance n'a pas tenu.
Oui, il y a ce que l'on fait comme individu. Mais il y a surtout un système dans lequel la naissance se produit, et c'est ce que je veux t'aider à comprendre au fil des épisodes.
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